Bernart Marti troubadour saissagais

 

BERNART MARTI  TROUBADOUR SAISSAGAIS

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Dans un sirventes de Peire d’Auvergne, la huitième strophe mentionne un troubadour désigné sous le nom de Bertrand de Saissac. Hoepffner et Roncaglia supposent que le poète ainsi désigné est non pas Bertrand mais Bernart Marti troubadour bien connu (qui serait donc originaire de Saissac. Notons que Marti à propos de Peire prétend qu’il fut chanoine et devint finalement jongleur. Dans son sirventes Peire lui ne parle pas de Marti qu’il connaissait pourtant bien et qui était l’un des meilleurs de son temps. Raison de plus pour croire que qu’il s’agit  bien de  Marti. Comme nous ne possédons pas de « vida » concernant ce troubadour, nous devons nous contenter pour situer ce personnage, des rares allusions précises qu’offre son œuvre Son origine n’est pas connue, alors qu’il nous dévoile sa profession dans l’une de ses chansons « Bernart lo pintor » (le peintre).

La référence au fameux vers  del Lavador de Marcabru ne permet pas de dater avec certitude notre poète. En revanche sa dispute avec Peire d’Auvergne prouve qu’il était contemporain de ce dernier. (1149 1168) On peut donc estimer que Bernart Marti vivait au milieu du XIIe siècle. L’influence de Marcabru et perceptible à tous les niveaux de son œuvre ; langue, style et métrique. Partisan d’une technique poétique a la uzanza antiga Marti se pose en adversaire acharné des raffinements du Trobar ric.

Dans ses chansons, il n’utilise jamais la terminologie féodale à des fins lyriques ; de même, il n’entre pas dans le jeu des valeurs courtoises et il va jusqu’à refuser la transcendance de la domna. Comme son maître c’est en moraliste indigné qu’il juge la société de son temps. Malgré la minceur de sa production ( 9 poèmes)« Il occupe une place à part parmi les troubadours » Il ne ressemble à aucun d’eux, même là où il se rapproche le plus de l’un ou de l(autre » (E Hoepffner) Pierre Bec Anthologie des troubadours . Bibliothèque médiévale

La cour de Saissac

Pour les troubadours la cour seigneuriale est l’unique source de bienfaits et d’honneurs.Les puissants barons de Saissac décident du sort de leurs hommes et de leurs biens. Du destin des « milites » des paysans et des artisans vivants dans le village « castral » au pied du château. Tous gravitent autour des couples qu’ils forment avec leurs épouses, les « dames » vers lesquelles convergent tous les regards masculins, ceux des troubadours en particulier. Bertrand, Olivier, Jourdain reçoivent les vicomtes de Carcassonne qui avec leur suite séjournent chez eux.Dans la grande salle du château l’aula, ont lieu les cours de justice. Les conseils de famillequi en général se prolongent par des fêtes où la parole est donnée aux troubadours et à tous ceux qui oseront les défier ou les  relancer. La cour de Saissac est renomméeLa gloire de ses visiteurs prestigieux renforce la puissance du lignage. Les seigneurs de Saissac sont riches et volontiers mécènes. Bertrand et Olivier sont cités par Raymond de Miraval comme de généreux donateurs

Le service courtois

Cortezia es d’amar ; belle et simple définition donnée vers 1150 par Cercamon.Il est certain que l’amour courtois (fin’amors, bon amors, amor cortes, amor  valent) Inventé par les troubadours (Cercamon, Marcabru, Bernart Marti) au XIIe siècle exprime une relation totalement nouvelle entre l’homme et la femme,  et traduit un phénomè historique de très grande portée ; la promotion de la femme dans la société noble du XIIe siècle. En ce siècle la belle saison se partage entre les chevauchées guerrières et les fêtes courtoises. Le service féodal, les vertus chevaleresques cèdent la place au service d’amour et au code de valeurs que progressivement installent dames et troubadours. C’est un nouvel art de vivre qui introduit dans les cours du Midi, le goût du chant et de la danse, une joie qui,  sans exclure le sens du secret et l’expérience de l’angoisse s’exprime par la lyrique, hors de l’église garante de la morale matrimoniale et sexuelle.En effet la dame courtisée est toujours mariée. Le senhal pseudonyme masculin permet de cacher l’identité de la bien aimée, qui tient dans la relation le rôle du seigneur féodal. L’homme se met au service de la dame, tel un vassal. Le secret à deux, partagé par le messager et le guetteur, est la condition même de l’amour courtois, ainsi que l’angoisse ; car la règle du jeu de cette société, tient compte des « lauzangiers »  jaloux malveillants pour le couple, rarement seuls au monde, en raison de l’entassement aristocratique des logis seigneuriaux. Le « Joi » de l’extase reste la plupart du temps inaccessible, objet du désir et aussi de l’écriture lyrique « J’aime donc j’écris » voilà le destin du troubadour.La société méridionale ne considère pas bien celui qui aime, fut-il noble, s’il ne se soumet aux règles de la courtoisie. S’il les ignore ce n’est qu’un rustre, ignorant les bonnes manières.

Filles d’Eve

Le « mâle Moyen Age »  est un monde d’hommes. Les penseurs médiévaux, tous des hommes, tiennent les femmes pour responsables du dérèglement de l’espèce, depuis Eve qui avait perdu l’humanité. Et on voyait dans les femmes, ses descendantes, les auxiliaires lubriques du Démon. Seule la Vierge-mère du Christ est emblème de  salut.(Bernart Marti dans la chanson « Belha m’es la flors d’aguilen «  s’adresse à la Sainte Vierge en la nommant  (Sancta Maria). Ce siècle établit le mariage comme sacrement et l’adultère est sévèrement puni. Or voici que le code méridional de la courtoisie vient organiser le désir et faire de l’adultère bridé, un lieu de perfection pour la morale laïque.« Et tant pis si c’est un péché, nous irons en enfer, ensemble » comme le chantait Brassens.Attirante la beauté féminine a inspiré les poètes et les aide à trouver (trobar) les mots et la musique capables de traduire cette passion. La femme devient la donna avec sa dénomination honorifique Na.L’image sévère de la femme s’efface pour en laisser apparaître une autre, faite de lumière et d’amour. Aux mépris et aux mauvais traitements succèdent le respect, l’adoration, l’émerveillement.

La Fin’Amor

Ce que les troubadours appellent « fin’amor »  Jeu subtil avec le désir contrarié, la « Fin’amor » repose sur les notions deMezura qui contrôle les rapports  entre les personnes et les sentiments, gère un ordre courtois du monde.Jeunesse Jovenc qui renvoie au groupe des jeunes hommes célibataires et sans terre qui passent dans les salles seigneuriales, le temps laissé libre par la guerre.« Joi » Etat d’extase de l’amoureux qui imagine l’accomplissement de son désir et le sublime dans l’élévation morale et même mystique.Le « Joi » peut aussi exprimer la jouissance érotique après l’obtention du surplus.Essentiellement la fin’amor se veut la sublimation du désir, dans l’inachèvement de la conquête. C’est un art d’aimer unique en occident de chanter l’amour dans la subjectivité.Le troubadour s’exprime à la première personne « J’aime donc je chante »La fin’amor diffère l’accomplissement amoureux et le désir suspendu, s’exprime alors par ce qu’il convenu d’appeler « Le grand chant courtois »La cortezia est bien en premier lieu, un fait typiquement occitan, la marque d’une civilisation. La littérature d’oc est l’une des plus belles et des plus riches qu’ait connues l’Europe. 467 troubadours sont aujourd’hui connus. On a pu compter 817 types de strophes et 1001 formules de rimes. De l‘un à l’autre le style, la manière de composer et des chanter (le trobar) varient : trobar palnh (simple) ric (riche) et avec une prédilection marquée le trobar clus (hermétique) aux accents mallarméens. Son influence est immense trouvères d’oil, minnesangers allemands, et puis Dante et Pétrarque le génie poétique de la cortezia ira, jusqu’à irriguer tout un courant de la renaissance    Grands seigneurs, pauvres chevaliers ou roturiers, les troubadours sont des poètes musiciens « professionnels » , des auteurs compositeurs.Hommes cultivés, ils savent écrire, lire, ils composent leurs musiques, jouant souvent d’un ou plusieurs instruments ; depuis Guillame IX, ils savent aussi passer en public. Le troubadour est donc un auteur créateur qui « trouve » c’est à dire compose texte et musique. Certains comme Cercamon et Marcabru sont attachés à une cour, celle du duc d’Aquitaine. Bernart Marti est un itinérant, courant d’une cour à l’autre, pour gagner souvent une maigre pitance, tout en faisant la réputation et en contribuant à l’éclat du seigneur du lieu. Bernart aurait ainsi suivant Peire d’Auvergne reçu « un vielh mantel suzolen » un vieux manteau encore tout imprégné de la sueur de son ancien propriétaire Bertrand de Cardaillac.Mais Bernart a aussi une autre profession, qu’il nous précise dans un de ses poèmes, il était « pintor » peintre d’enluminures ou de fresques pour les appartements ou les églises. Il peint, fasciné par l’ouverture de mille chantiers de l’essor urbain, le jeune temps des cathédrales. Sa vision est celle d’un pèlerin découvrant une ville enchantée où dans l’intense lumière, les tours et les clochers, imposent leur verticalité au cercle magique de l’enceinte. Une Jérusalem, une apparition. »

D’un château l’autre, d’une cour à l’autre surtout, Bernart parcourt plaines, vallées ; traversant les montagnes et peut-être la mer. Sa « canso » d’élève vers la Dame ; dont il espère émouvoir le cœur. Ses sirventes cherchent à toucher le seigneur qu’il veut informer, tancer, conseiller ou louer. Après le repas les troubadours chantaient leurs poèmes et l’on commentait leurs énigmes ; Vaut-il mieux du corps féminin, la partie supérieure ou la partie inférieure ? Une dame regarde un homme avec amour, elle serre un peu la main d’un autre, presse en riant le pied d’un autre ; quel est celui qui est aimé ?Les soirées troubadouresques constituaient, alors les seuls spectacles qu’on pu voir.Il était de mauvais ton de ne rien offrir à un troubadour ne fut-ce qu’un vieux manteau ouun mauvais. cheval

Cette érotique évolue entre l’amour « courtois »  et l’amour chevaleresque. Les « Nouveaux Troubadours » ne sont pas des nobles comme le duc d’Aquitaine, premier troubadour connu. La courtoisie des jeunes « trobaires » se fixe en définitive sur l’amour épuré. Cette courtoisie hésite entre amour profane et amour divin.L’amour pur théoriquement constitué n’est pas accepté par la société chevaleresque.Les poètes de 1150 Marcabru, Cercamon, Marti, sont des moralistes. Ils condamnent les maris « druts » luttent contre l’adultère inter-conjugal. Marti « Il me déplait que les hommes mariés se fassent amants et amoureux » De molheras ges no m’es gens_ que se fason drut ni amador » (Belha m’es la flor d’aguilen) Mais ils ont bien soin de distinguer le domnei et drudariaSeulement vers 1150 il était aussi difficile de mettre à la mode un nouveau trio amoureux mari-dame-amant célibataire que d’habituer une dame de l’aristocratie à prendre au sérieux la passion sincère d’un pauvre jongleur. D’où le ton désenchanté qui règne dans les chansons. Mais il n’est pas interdit aux dames d’avoir plusieurs amants platoniques

Pour Marti « Une dame est déloyale envers son ami (drut) quand elle l’accorde à trois, c’est contre la loi (léi) s’ils sont à trois. Mais je lui permets à coté de son mari un ami courtois et estimé (un amic cortes prezant) Et si elle cherche plus elle est déshonorée (deslaida) et putain (puta) avérée.Tous ces nouveaux troubadours reprochent à la femme d’être trompeuse et changeante (c’est à dire infidèle) Pour Bernart la tromperie est de règle entre amants. « Puisque l’amour s’est mis à tricher, eh bien tricheur (trichador) nous-même, trichons tous, les amants » Mais ce thème de l’infidélité est rattaché par Marti aux conditions défavorables qui étaient faites à l’amour « Laidement, dit-il, l’amour se brise et se détache, et la Jeunesse (Jovens) qui se fie à lui est attristée par les faux amants (pels  amadors apostitz) Le phénomène nouveau c’est que ce sont les femmes qui trichent et que «  pour diminuer les tricheries de la tricheuse (tricharitz) les amants à leur tout doivent tromper » sans pouvoir, d’ailleurs triompher d’elle car elle sait mentir avec un tel art « qu’elle transforme en mensonge la vérité » L’œuvre de Bernart Marti est particulièrement intéressante sous ce rapport, car l’existence de ce poète se situe entre les deuxième et troisième générations des troubadours_ elle reflète un état des mœurs légèrement différent. Marti avait accepté les règles du jeu chevaleresque, à une certaine époque, tout en partageant le point de vue des moralistes et même leur amertume ; mais il s’accommode plus facilement de l’impossibilité où est l’amour « d’exclure le libertinage_ la putia camjairitz » et la tromperie tant que durera le monde »

De tous ces troubadours Bernart Marti sera le premier semble-t-il à profiter de la nouvelle orientation de l’humeur changeante des dames. Il trouve son compte à la légèreté luxurieuse (leujor) de sa dame, pour dévergondée et déloyale qu’elle soit, il l’accepte  comme elle est parce qu’il n’y a pas de honte en amour charnel (drudaria) à accepter un arrangement. Il faut prendre ce qu’elles veulent donner. Bernart est peut-être le premier troubadour à bénéficier des caprices libertins de ces femmes déloyales.La charmante strophe de Amar dei. «  Alors je me donne l’air d’être heureux en amour, mais en réalité je vois bien ce qui fait mon chagrin » Celui que sa dame trompe (enguana) alterne entre l’apaisement et l’irritation de sorte que en se souvenant de cet amour terrestre, il chante et pleure souvent.que ja, l’en sovenha / d’est amor terrena / Soven chant’ e plora    Amor terena la belle et précieuse expression.Mais les femmes pour Bernart demeurent « Ces dévergondées volages et déloyales capables de s’entendre avec cent amants » Una says qu’es tressalhida » Et ce n’est pas sans raison qu’à la fin de sa vie Bernart disait en se rappelant leurs tromperies «  Je ne serais plus amant (drut) et ne fais plus semblant de l’être. Ni l’écritoire ni la Joie d’amour ne me réjouissent « Belha m’es la flors d’aguilen Peu à peu se dessinent chez ces troubadours les grandes lignes d’une nouvelle doctrine d’amour, que l’on peut résumer ainsi.

1/ Les maris ne peuvent pas courtiser les dames2/ Ils ne doivent surtout pas empêcher leurs femmes de recevoir  les hommages de l’élite des Jeunes Gens (Joven triats) : le jeunesse choisie.3/ La dame n’a qu’un amant auquel elle restera fidèle.4/ Elle ne prendra pour amant que celui qu’elle aimera d’inclination et qui lui aura prouvé par un long service, qu’il l’aime également de cœur.5/ Le rôle de la Dame est de développer l’Amour vrai_ et donc les valeurs morales et ne pas accorder de faveurs aux barons. mais seulement à ceux dans l’âme desquels elle est en mesure de faire naître Proeza. La vraie prouesse est celle qui vient d’Amour.6/ Par « Jeunes gens, il faut entendre les jeunes seigneurs mais aussi les  jeunes poètes./ Puisque la valeur procède du long désir, la dame doit faire attendre longtemps ou toujours, le don total.

LA DAME IDEALE

La dame idéale de nos troubadours est svelte, élancée, bien en chair (Graile, grass’e plana ; grayl’ et escafidaBernart Marti) Elle n’est pas fardée, mais son teint est frais, prend de la couleur de la rose de mai ; elle a de beaux yeux, un beau regard, elle inspire la « joie » Mais à coté de cette bonne dame existe la mauvaise celle qui a tous les défauts. Bernart ne se déprend point de la « mauvaise » Il la garde bien qu’elle soit pleine de mal. Après tout  elle n’est ni bonne ni mauvaise et le poète s’est attaché à peindre en elle la femme, telle qu’elle est. Il lui reste fidèle, bien qu’elle soit changeante. Il l’aimera si pourvu qu’elle lui accorde ce qu’il désire. Mais dans une autre pièce il oppose la bonne dame et la mauvaise qui accorde son amour à trois amants, opposition qui se double d’une autre plus précise entre la dame prochaine« Qui lui fut douce, mais qu’il abandonne, parce qu’elle l’avilit.et la dame lointaine qui elle, n’est pas conviairitz et qui, étant « la meilleure » mérite seule d’être aimée.Tous ces poètes ont la même inspiration profonde à l’amour pur. Tous qualifient leur passion de « grand » Marti exprime d’une façon plus claire et plus developpée, elon son habitude la même conception» J’ai tellement convoité l’amour, j’y ai mis tant mon désir : que de ma vie je ne veux faire de mon propre gré, d’autre métier, car jamais depuis ma naissance je ne voulus m’appliquer à autre chose et je ne vis point d’autre labeur » La dame de Bernart est « Riche en mesure et honneur mondain » De façon générale Marti ne surestime pas sa dame comme les autrespoètes. Mais il se soumet à elle.

« J’ai fourni une longue preuve d’amour » malgré les « médisants. Bernart avoue naïvement que « s’il fait sottement du tapage et s’il cherche trop à savoir la vérité (sur sa dame) les vieilles (c’est le seul qui fasse intervenir les vieilles médisantes ; il est plus vrai que les autres dans ses peintures de la société) et les calomniateurs auront tôt fait de détruire son amour.Amour sincère « Bien qu’elle tue mon cœur, je ne puis me détacher d’un pouce des maux qu’elle m’impose » «  Quand elle enlève son manteau, il me semble que mon cœur séjourne auprès d’elle »  « Son amour je l’ai tellement désiré et logé (albergada) dans mon cœur « Si nous lisons Mati nous y trouvons une prédominance aussi marquée de visions galantes rapportées au futur et au conditionnel « Pour peu qu’un jour, elle m’embrasse (ab sol una vetz que m bais) Si elle m’accorde bientôt tout ce que je désire, que je l’embrasse, nue ou vêtue, je ne demande pas d’autre richesse » ; je suis bien plus riche qu’un Empereur si je m’abrite sous son manteau vair, à coté de son beau corps  tendre et bien en chair » dans l’obscurité de la nuit, sans lumière je l’embrasse ( le bais)« Je fais bien mieux ce qui me plait, quand je l’ai dévêtue, sous la courtine »  « 

Chez Marti : le choix d’une dame, pratiquement inaccessible, lointaine, semble inspiré par une véritable méthode de purification morale. A la mauvaise dame et à la bonne correspondent pour lui la proche et la lointaine. Le poète  repousse la dame de près (l’amistat propdana) « qui lui fut douce, mais l’avilit et se tourne vers la « meilleure » dont il ne peut jouir à son aise car elle est au loin (mas tropm’es lunhadaNul n’a mieux traduit que Marti cette singulière tendance qu’ont eu tous les poètes de l’époque. de désirer ce qu’ils ne pouvaient avoir.L’amour le plus pur possible, c’est celui que l’on éprouve pour une femme réelle que l’on n’a jamais vue, mais dont on imagine la valeur sur la foi de ce que tout le monde dit » Bernart répète que « les femmes inaccessibles le tentent beaucoup plus que celles dont il obtient tout sans peine »

Bernart Marti et Saissac

Si nous admettons que Bernart Marti est bien le Bernart de Saissac du sirventesIl a du naître à Saissac vers 1150. A cette période n’existe à Saissac que le village castral bâti sous l’actuel château. Il abrite des familles d’artisans quelquefois aisés. Bernart est peut-être le fils d’une de ces familles. Il a pu faire des études soit dans les monastères de Villelongue ou Montolieu ou comme plus tard le fera Hugo de Verdalle profité d’un parent ecclésiastique ou simplement pris des leçons chez Willelemus le chapelain du seigneur de 1152 à 1174 ou auprès du recteur de Sainte Marie de VernassonneIl n’y avait en effet d’enseignement que chez les gens d’église.Au château de Bertrand il a pu voir et entendre des jongleurs et se familiariser avec les mœurs seigneuriales. Bertrand de Saissac avait le même âge que lui et était un cortes cavayer ami des troubadoursBernart Marti le troubadour Saissagais est le chanteur de l’entrebescamen. L’art d’embrouiller, de compliquer, d’enchevêtrer, d’entrecroiser les mots. C’est le chantre du « trobar naturau » il nous fait part de sa propre réflexion « Puisque les vergers se couvrent de feuilles, ainsi que les glaïeuls, le long du blanc ruisseau, se repose qui voudra ! Moi je pense et je réfléchis sur de nombreuses choses, importantes selon nature et hors nature entendons le peuple murmurer.

Troubadours Bernard Marti troubadour de Saissac

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