Bertrand de Saissac

BERTRAND DE SAISSAC 

Bertrand est le plus connu de la lignée des seigneurs de Saissac.Il est le fils de Hugues I de Saissac fils de Rica décédé en 1150 et de son épouse Brunissende Il est le neveu d'Isarn Jordain I, décédé en 1152 époux de Guilherme. Il a comme cousins Isarn Jordain II, Jordain et Guillaume Bernard qui sera moine.En 1162 son frère aîné Hugues et son cousin Isarn Jordain renouvellent leur hommage pour Verdun et Bertrand n'est pas nommé. Par contre en 1163 lors du plaid tenu a Carcassonne par Raymond Trencavel, pour régler les prétentions contradictoires d'Ugo Escaffre d'une part d'Isarn Jordain, Jordain frères Hugues et Bertrand de Saissac frères concernant les châteaux de Saissac et Montréal (ou Montrevel) lesquels châteaux sont attribués à ceux de Saissac ; nous voyons apparaître son nom pour la première fois, la majorité des enfants étant de quatorze ans à cette époque.

Il serait donc né vers 1149. Son père Hugues I est décédé en 1150.

1163 Bertrand et son frère Hugues en litige avec les Escafre.

En 1165 Isarn Jordain et Bertrand font donation de droits à St-Jean de Villelongue.

1168 Il donne à l'abbaye de Boulbonne, diocèse de Toulouse tout ce qu'il avait dans les bois de Boulbonne. (archives du château de Foix)

1170 "En Bertrans de Saissach " est témoin du codicille écrit en langue romane de Raymond Trencavel qui institue son fils Roger héritier universel.

1173 Bertrand de Saissac et Bernard de Léran reconnaissent avoir en engagement de Roger de Béziers  l'église de Sainte Colombe à Conques.

1173 Isarn Jordain fils de feue Guilhelme et Bertrand fils de Brunissende jurent fidélité à Roger pour le château de Queille (Ariège)    

1174 Isarn Jordain et Bertrand autorisent une vente à Villelongue

1174 Isarn Jordain et Bertrand reconnaissent que Roger leur a donné un terrain pour construire le Château de Montrevel.

1174 Rigaud de Montréal est un des témoins à l'acte d'engagement des seigneurs de Saissac au vicomte de Carcassonne pour le château de Montréal.

1179 Bertrand est témoin (H G L ) des accords entre Alfonse II d'Aragon et le vicomte 

 Roger II à Carcassonne.

1183 Roger Trencavel concède à Bertrand le village de Moussoulens et le droit d'y construire des fortifications. Roger II avait en 1175 accordé aux habitants le droit de déplacer la villa de Moussoulens sur une hauteur (podium) et de la fortifier. Il avait réclamé une albergue de 100 chevaliers avec leurs chevaux. Le projet trop onéreux avait échoué. La concession est faite 8 ans plus au riche Bertrand, seul capable de s’investir dans une opération financière de cette envergure.

1188A Castres il est le témoin de la réconciliation de Roger II et du vicomte Sicard de Lautrec

1189 Roger engage à Bertrand de Saissac tous les biens qu'il possède de l'abbaye de saint Pierre de Caunes (par avouerie. Ainsi sont engagés le château de Lespinassière, le château de Citou (Issir), le village de Trausse et toutes leurs dépendances, châteaux, villages, hommes, femmes, droits et usages, etc. pour la somme de 25 OOO sous melgoriens (5O sous au marc d'argent fin)

Cette somme considérable, doit être rapprochée du trésor de Saissac, environ 2400 deniers, le sou valait 12 deniers, c’est donc une somme représentant 125 fois le trésor de Saissac que Bertrand prête à Roger. C’est dire la richesse de Bertrand.

Roger toujours en mal d'espèces sonnantes et trébuchantes, avait pour habitude d'engager ses propriétés auprès de fidèles et riches vassaux. En 1177 il met ainsi en gage pour 5000 sous melgoriens, sa propriété de  Campagne à Miron de Tonneins.

Il ne remboursait souvent pas ses dettes, il devait toujours 11 000 sous à Miron en 1194

Dans son testament il reconnaît ses dettes envers Bertrand, qui ne les recouvra probablement jamais. Hélène Debax « La féodalité Languedocienne » Page 95

« Aurait-t-il été mis sur la paille par Bertrand de Saissac qui, comme tout bayle qui se respecte aurait pioché dans les caisses ? Vente de Saint-Amans Valtoret, Hautpoul, le Vintrou, tout le Cabardès et l’abbaye de Caunes pour 20 000 sous, mise en gage de tout le Kercorbès pour 13 000 sous, de divers droits pour 6000 sous (Béziers) Raymond Roger reconnaît aussi diverses dettes pour 6000, 6000 et 7000  sous . On n’a conservé la trace que d’un investissement important, l’achat de Vias pour 13 000 sous.

Entre 1201 et 1204 Raimond Roger effectue vente et emprunts pour la somme considérable de 58 100 sous, Bertrand décédé entre 1200 et 1201  n’a donc pas participé à ces dépenses

1191 Aimerigatus Olivarius et Bertrand de Saissac prêtent serment à Raymond Roger

1191 Bertrand est choisi comme arbitre entre Trencavel et Pierre Olivier de Termes au sujet des mines. Il s'agit d'un placitum, d'un arbitrage rendu après la controverse qui oppose les deux parties au sujet des mines du Termenois. Ce placitum se termine par une convention à l'amiable entre les deux seigneurs.

Bertrand de Saissac dans les mains duquel ils ont remis leur querelle, fait partie du groupe serré des fidèles du vicomte, hommes du Minervois, du Carcassès, du pays de Castres et du Lauragais C'est aussi le frère de Hugues alors vicomte de Fenouillet, voisin du pays de Termes. Depuis 1150 on constate une recherche du profit maximum de l'honor" perception des albergues, du quartum des droits de mutation aux paysans et aux "burgenses"

On rouvre de nouvelles galeries dans les régions où depuis l'antiquité l'exploitation s'est poursuivie, le mouvement est lancé par les "domini" des châtellenies locales qui perçoivent les ¾  des revenus des "minerorium"

Il faut voir là une des causes de la richesse des seigneurs de Saissac.Des mines, des forges et même des fours a verre sont signalés à Ramondens dans les domaines des Saissac. Bertrand est capable de prêter 25 000 sous melgoriens a Roger II en 1189. Somme énorme, représentant plus de 110 Kg d’argent pur.

A titre de référence 3 maisons valent à Dourgne, 116 sous de la même monnaie.

 

Bertrand tuteur du jeune Trencavel

Jeudi 17 mars 1193. Codicille de Roger II par lequel il institue "Bertrand de Saissac tutorem et defensorem et procuratorem filii mei R et totius patriae meae, Bitterensis, Carcassensis, Redensis et Albiensis et totius terre meae...et  mando ut B de Saxacho habeat de redditibus patriae meae, pro emenda de negotio de Caunis x m solidorum melgoriensium, et reliquos x v solidos melgorienses persoluant abbas et monachi de Caunis; La décision prise par Roger fait de Bertrand un des personnages les plus considérables du Midi Il établit Bertrand "a la foi, a la protection et au conseil duquel il avait déjà remis sa personne et les biens de ce fils, pour tuteur et bayle pendant cinq ans à compter depuis la prochaine fête de Pâques" Les termes mêmes de l'acte montrent bien qu'il est investi de toute la confiance du vicomte a l'exclusion de certains personnages qui auraient pu la lui disputer. Bertrand sera un tuteur "énergique et loyal" Joseph Dovetto.

 Pourquoi Bertrand est-il choisi comme tuteur ? D’une part il semble célibataire et l’on ne lui connaît ni femme ni enfant. Il semble que d’une part Roger ait décidé d’écarter son épouse Adélaïde de Burlats à cause de son inconduite connue. D’autre part la dette de 25 000 sols melgoriens dus par Roger en 1189, faisait de Bertrand un créancier important. Enfin il favorisait les gens du Carcassonnais qu’il préférait aux Bitterais ou aux Albigeois .Bertrand gouverne la principauté jusqu'à la majorité légale de Raimond Roger en 1199. Sa politique vis à vis de l'église est équivoque et ses actions contradictoires; coopération avec l'évêque de Béziers ; immixtion dans les affaires de l'abbaye d'Alet.

Mais le but qui parait être toujours poursuivi par Bertrand est la défense des intérêts du vicomte son maître. Dès le 4 août 1194 en sa qualité de tuteur, "Moi Bertrand de Saissac tuteur de Raimond Roger", il passe des actes d'accord avec l'évêque de Béziers, Gaufred. Auquel il promet son aide contre tous, sauf contre le comte de Toulouse.Les deux parties s'engagent : I/ A se consulter et à s'entraider pour les actes et les traités concernant les territoires des diocèses de Béziers et d'Agde.

II/ A ne pas introduire d'hérétiques sur leurs terres et d'expulser ceux qui s'y trouveraient."Si par hasard (forte) il y en avait, selon mon pouvoir, nous les ferions sortir de là et je vous concède à vous évêque le droit et l'entier pouvoir de les chasser par moi et par le vicomte" "nec hereticos, nec Valdenses" On remarquera que les Vaudois sont mentionnés a coté des Cathares; si les uns venaient de l'ouest, les autres venaient de l'est.

 En 1197 ; Les moines d'Alet au décès de leur abbé Pons Amelli ayant élu promptement Bertrand de saint Ferréol,  partisan du comte de Foix, ce qui déplaît à Bertrand.Il se rend à Alet, fait déterrer l'ancien abbé, le revêt de ses ornements,  le replace sur son siège et fait élire par la force un abbé de son choix, Bozon. Cette "élection" certes contestée est cependant confirmée par l'archevêque de Narbonne, qui aurait reçu pour cela une importante somme d'argent. Bozon est semble-t-il un ami des hérétiques cathares.

Bertrand a du exercer ces pouvoirs jusqu'à Pâques 1199 année où son pupille est émancipé à l'âge de 14 ans.Bertrand survécut-il longtemps à l’avènement de son pupille ?

Nous placerions volontiers la date de sa mort entre 1200 et 1202. En effet s'il était mort avant 1199, s'il n'avait pas rempli jusqu'au bout sa tâche de tuteur, le nom de son successeur nous serait connu, or nul n'est désigné comme tuteur à part Bertrand.

D'autre part l'acte de 1202 où Raymond Roger vicomte de Béziers fait à Raymond Roger de Foix, donation de ses domaines, mentionne Olivier de Saissac parmi les garants et non Bertrand.Il est vraisemblable que s'il eut été vivant, son nom se trouverait dans un acte de cette importance à coté de celui d'autres seigneurs

En 1203 Lors de la fondation de Fontiers il est à nouveau absent.

 Bertrand cathare ?  et bienfaiteur des monastères.

Pierre des Vaux de Cernay "Historia Albigensis.

"Dont il avint c'un créant d'eriges fu malades jusqu'à la mort et c'uns grant heriges li mist la main seur la teste et le conforta moult, mes li heriges ne pot pas dire "Pater Noster" et morust en tel manier; et li conforterres ne savait que dire, se il serait sauf ou non, pour ce qu'il mist sa main sur la teste et il ne pot dire "Pater Noster" . Que vos diroie je plus ? Li heriges se conseillèrent à un chevalier de Saissac, qui avait nom Bertran , qu'il en dirait ; li chevalier heriges leur dist :" Nos soustendrons de cestui et diron qu'il sera sauf, mès touz les autres qui morront des ore en avant sanz dire Pater noster seront dampnez"

Traduction Pascal Guébin (1951) "A ce sujet, nous avons entendu rapporter le fait ridicule que voici : un certain croyant, arrivé à l'article de la mort reçut de son maître par imposition des mains le "consolamentum" mais il ne put dire le "Pater Noster" et expira. Son consolateur ne savait que dire : le mort semblait sauvé pour avoir reçu l'imposition des mains, damné pour n'avoir pu dire l'oraison dominicale. Qu'ajouterai-je ? Les hérétiques consultèrent un chevalier nommé Bertrand de Saissac, hérétique, sur ce qu'ils devaient penser. Le chevalier donna le conseil et la réponse que voici "De cet homme nous dirons qu'il est sauvé. Quand aux autres à moins qu'ils n'aient dit le "Pater Noster" nous les estimerons damnés"

Bertrand était-il Cathare ? Le seul témoignage en dehors de celui de Pierre des Vaux Cernayest celui de Bernard Oth de Niort en 1242. Il dit avoir vu Bertrand de Saissac à Laurac écouter et adorer le diacre cathare Raimond Bernard.Si Bertrand n’était peut-être pas Cathare, il n’était pas leur ennemi et dans le castrum de Saissac, les hérétiques pouvaient prêcher, avaient des maisons et le médecin cathare Bernard Dairos y résidait habituellement. Bertrand comme les autres seigneurs de Saissac, sont des donateurs généreux pour les ordres religieux. Ils favorisent l’implantation des cisterciens à Compagnes, puis à Villelongue. Avec la famille vassale des Rosilhes, ils permettent aux hospitaliers de Saint-Jean  de créer une commanderie à Arfons.

En 1168 Bertrand donne un bois à l’abbaye de Boulbonne et l’abbaye cistercienne de Fontfroide bénéficie aussi du soutien des Saissac.

Dès 1101 avec les seigneurs de Laurac ils fondent la première maison des Hospitaliers à Pexiora.  Il semble que les seigneurs de Saissac établissent leurs sépultures dans le cimetière de la commanderie.

Leur conversion au catharisme ne changea pas cette habitude, à maintes reprises le précepteur et le prieur vont procéder sans réticences aux obsèques d’un défunt consolé la veille par les parfaits cathares.

Bertrand est-il enterré là au milieu des autres seigneurs de Saissac ? . Cela est fort possible, car à Saissac même n’existe aucune trace de sépultures seigneuriales. 

 Où se trouvait le château de Bertrand ?

Nous ne pouvons actuellement répondre à cette question, il faudra des fouilles plus poussées sur les restes du château actuel, pour savoir l’emplacement du ou des châteaux de la famille de Saissac, car à la période ou vivait Bertrand la branche « Jordanenque » de la famille avait aussi une résidence à Saissac. Y avait-il alors deux châteaux voisins, cela est possible, car on note des vestiges anciens a plusieurs endroits du château, ce qui correspondrait à deux résidences de la famille de Saissac

LA LEGENDE DE BERTRAND 

B 1

 

On trouve aussi une histoire romancée des seigneurs de Saissac dans les livres de FrédéricSoulié « Le comte de Toulouse » 1848 Le comte de Foix 1852 et « Le vicomte de Béziers » 1858 certaines scènes étant situées dans la Montagne Noire et à Saissac en particulier.

Bertrand de Saissac se retrouve dans les livres de Jean Girou en particulier Trencavel, roman où l’auteur prend également quelques distances avec l’histoire. 

Dans le drame de B Cyril Windeler « Roger de Trencavel » Bertrand de Saissac est un personnage important Dans la scène de la cour d’amour. Ross demande « Où est de Saissac »  Lagarde Est-ce une devinette ? Demandez aux dames (Rire général)  Ross Il est en retard. Il vieillit et dans la  scène finale ou Roger part vers les croisés, il  dit »De Saissac il y a encore de la vie dans les vieux os. Allons De Saissac, conduisez-nous.

On trouve aussi l’histoire des seigneurs de Saissac dans l’excellent roman  de Claude Boudet « Les Marches de Saissac »

La légende de Bertrand  On trouve dans « Donjons et Castels au pays des Cathares » par Coincy Saint Palais. « Bertrand de Saissac fut un vigilant tuteur pour Raimond Trencavel ; son rôle terminé Bertrand fut chassé de la cour, où Adalaïs, lasse de son exil, voulut désormais régner en maîtresse. Il rentra dans son château, et continua sa vie de charité et d’aide aux misérables ; et lorsque déferlèrent les hordes nordiques fut un zélé protecteur de tous les spoliés, poursuivi tout spécialement par les croisés, ses biens et sa demeure lui furent confisqués dès 1209 et donnés à Bouchard de Marly. Dès lors Bertrand deviendra un faidit, il errera comme ceux qu’il avait jadis réconfortés, dans la campagne. Il finit par passer an Aragon, où il mourra sans la misère ; il avait eu 3 fils ; Bertrand diacre cathare, restera caché au fond des bois et continuera à assumer les fatigues d’un pareil ministère. en 1201 avait été nommé par Ramon Roger de Foix pour régir certains domaines, enfin Jordan, encore très jeune, fut recueilli et élevé à la cour du comte de Foix. Curieux mélange où l’auteur attribue à Bertrand une famille et une fin purement imaginaires

Voici tiré du spectacle « Son et Lumière » un épisode romancé de la mort de la fille de Bertrand

A 11

Guilhabert : « Aude était là ; ses regards laissaient une traînée d’étoiles dans le soir tremblant, tout l’or des nuits tombait doucement sur ses cheveux. Un bruit de chevaux se rapprocha. Elle crut que Bertrand revenait, vite elle ouvrit la porte. Aude : « Voilà nos gens de Saissac ; Père, est-ce vous père ? »Guilhabert : « Oh! le bruit de l’acier sur les chairs froissées et le noir galop qui renverse les portes. Le château fut pris, je fus épargné parce que chevalier et blessé. Tous avaient péri sous les coups de la troupe de Bouchard de Marly, le croisé. Et tinta longuement le glas lourd, gourd, sourd .Il y eut une grande pâleur devant mes yeux, comme l’hésitation ou bleuit pareille à cette veine au poignet, la pensée de la Demoiselle de SaissacDepuis les coquelicots fleurissent plus rouge dans la cour du château. L’on y voit le soir le lent vol sur les murs lourds de longs voiles blancs. Ecoutez : la nuit froisse son manteau, n’avez vous point entendu aux murailles le bruissement mobile et le cri solitaire ?            Aude pleure nuit et jour, absente dans le temps ; sa voix chante toujours à en râle mourir, ses prunelles d’argent éclaboussent l’abîme, elle appelle son père et n’entend que le vent.

Bertrand et les troubadours

Ce puissant seigneur était un ami des troubadours de son temps Son voisin Raymond de Miraval dans un sirventès célèbre, énumérant les seigneurs amis des troubadours le cite. Il conseille au jongleur "Bayona"" Au seigneur Bertrand de Saissac chante des sirventès et, de préférence des chansons,  dis-lui de ne pas considérer comme une injure que je ne me sois adressé à lui tout d'abord : tu ne le quitteras pas les mains vides ; il te donnera pour l'amour de moi un cheval qui aura un cou de cigogne, bien qu'il n'aime pas donner "

nous savons par Raimon Vidal de Bezaudun que Bertrand était au nombre de ceux qui aiment et soutiennent les troubadours ; c'est a ce titre qu'il est nommé dans la nouvelle où ce poète énumère les protecteurs de la poésie. L’œuvre de ce troubadour, d’origine catalane, évoque au passé les cours et les troubadours qu’il a fréquenté au long de sa carrière. Bertrand figure parmi ceux des preux barons ou ces hommes amoureux qui organisaient des tournois et qui aimaient que les dames fussent courtoises, célèbres et cultivées. Bertrand est décrit comme l’archétype de du chevalier courtois. 

  E sai us cortes cavayer   Bertran de Saissac l'apelavan   (abrils issi'e mays intrava)  (vers 885 886)

Guillem de Bergueda cite également le seigneur de Saissac dans un sirventès

 Reis, s'anc nuill temps foz francs ni larcs donaire

Peîre Vidal autre troubadour fort connu aime séjourner à Saissac

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C'est donc un véritable amateur qui réside à Saissac. Mais l'allusion que renferme le sirventès de Miraval est plus précise. Elle nous renseigne, sinon sur la générosité de Bertrand de Saissac, du moins sur la nature de ses relations avec le troubadour. Le ton du poète est sans doute celui d'un inférieur, mais aussi d'un protégé assez libre pour dire de lui "Il sera généreux pour l'amour de moi"Revenons sur ce détail significatif, qu'on aura déjà remarqué sans doute au passage «: Chante à Bertrand des sirventès il aime cela; mais de préférence des chansons". N'oublions pas que la "Canso" était tout entière consacrée à l'amour selon la loi du genre. Bertrand faisait partie de ce public d'élite pour qui Miraval rimait ses maximes courtoises en harmonie avec l'esprit du temps, le troubadour offrait dans ses chansons des développements d'un intérêt plus particulier : c'étaient des allusions aux intrigues vraies où supposées, et nul doute que Bertrand jouait un rôle important auprès des dames.

Le ton de Miraval prouve qu'il connaissait Bertrand depuis longtemps, Bertrand est le seul personnage qui soit désigné nommément dans  la biographie de Miraval

Le souvenir de Bertrand est bien conservé à Saissac, où la rue conduisant au château porte son nom. La tradition locale en fait un géant de 2 m de haut. Avec une fille qui va périr lors de la prise du château.

Il a aussi une femme Bertrande, cathare

morte en ayant reçu le consolamentum.

Sa fille est amoureuse de Roger le jeune vicomte de Carcassonne. Ce dernier lui offre une écharpe, tissée d’or.

C’est avec cette écharpe qu’elle sera étranglée par les soldats croisés, qui s’étaient approchés de Saissac avec une bannière portant le blason de la famille.

Cette ruse leur permit de tromper la vigilance des défenseurs et de s’emparer du château.. Une autre légende de Saissac conte que lors de mariages de catholiques ayant abandonné le catharisme , lors de la cérémonie à l’église, on entendait chanter le chant du bouvier. Chacun savait que c’était le chant de ralliement des cathares.

 

On trouve aussi une histoire romancée des seigneurs de Saissac dans les livres de Frédéric

Soulié « Le comte de Toulouse » 1848 Le comte de Foix 1852 et « Le vicomte de Béziers » 1858 certaines scènes étant situées dans la Montagne Noire et à Saissac en particulier.

Bertrand de Saissac se retrouve dans les livres de Jean Girou en particulier Trencavel, roman où l’auteur prend également quelques distances avec l’histoire.

Dans le drame de B Cyril Windeler « Roger de Trencavel » Bertrand de Saissac est un personnage important Dans la scène de la cour d’amour. Ross demande « Où est de Saissac »  Lagarde Est-ce une devinette ? Demandez aux dames (Rire général)  Ross Il est en retard. Il vieillit et dans la  scène finale ou Roger part vers les croisés, il  dit »De Saissac il y a encore de la vie dans les vieux os. Allons De Saissac, conduisez-nous.

On trouve aussi l’histoire des seigneurs de Saissac dans l’excellent roman  de Claude Boudet « Les Marches de Saissac »

La légende de Bertrand  On trouve dans « Donjons et Castels au pays des Cathares » par Coincy Saint Palais. « Bertrand de Saissac fut un vigilant tuteur pour Raimond Trencavel ; son rôle terminé Bertrand fut chassé de la cour, où Adalaïs, lasse de son exil, voulut désormais régner en maîtresse. Il rentra dans son château, et continua sa vie de charité et d’aide aux misérables ; et lorsque déferlèrent les hordes nordiques fut un zélé protecteur de tous les spoliés, poursuivi tout spécialement par les croisés, ses biens et sa demeure lui furent confisqués dès 1209 et donnés à Bouchard de Marly. Dès lors Bertrand deviendra un faidit, il errera comme ceux qu’il avait jadis réconfortés, dans la campagne. Il finit par passer an Aragon, où il mourra sans la misère ; il avait eu 3 fils ; Bertrand diacre cathare, restera caché au fond des bois et continuera à assumer les fatigues d’un pareil ministère. en 1201 avait été nommé par Ramon Roger de Foix pour régir certains domaines, enfin Jordan, encore très jeune, fut recueilli et élevé à la cour du comte de Foix. Curieux mélange où l’auteur attribue à Bertrand une famille et une fin purement imaginaires

Voici tiré du spectacle "Son et Lumière" Un épisode romancé de la mort de la fille de Bertrand "La mort d'Aude" 

Voix de l'inquisiteur "Messire Guilhaberet votre voix temble encore en évoquant ces souvenirs, mais je voudrais que vous me contiez ce qui ariva le soir où le château fut pis . Voue demeuriez alors à Saissac " 

Guilhabert : « Aude était là ; ses regards laissaient une traînée d’étoiles dans le soir tremblant, tout l’or des nuits tombait doucement sur ses cheveux. Un bruit de chevaux se rapprocha. Elle crut que Bertrand revenait, vite elle ouvrit la porte. Aude : « Voilà nos gens de Saissac ; Père, est-ce vous père ? »Guilhabert : « Oh! le bruit de l’acier sur les chairs froissées et le noir galop qui renverse les portes. Le château fut pris, je fus épargné parce que chevalier et blessé. Tous avaient péri sous les coups de la troupe de Bouchard de Marly, le croisé. Et tinta longuement le glas lourd, gourd, sourd .Il y eut une grande pâleur devant mes yeux, comme l’hésitation ou bleuit pareille à cette veine au poignet, la pensée de la Demoiselle de Saissac

Depuis les coquelicots fleurissent plus rouge dans la cour du château. L’on y voit le soir le lent vol sur les murs lourds de longs voiles blancs. Ecoutez : la nuit froisse son manteau, n’avez vous point entendu aux murailles le bruissement mobile et le cri solitaire ?            Aude pleure nuit et jour, absente dans le temps ; sa voix chante toujours à en râle mourir, ses prunelles d’argent éclaboussent l’abîme, elle appelle son père et n’entend que le vent  

 

                                  

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saissac montagne noire Saissac; Bertrand de Saissac seigneut

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