Boudegaires

Musique traditionnelle

 

La musique traditionnelle est entièrement conditionnée par l'homme, par sa vie, son travail, son organisation sociale, ses joies, ses peurs, ses croyances. Elle accompagne la vie de l'homme, lui facilite l'éducation et l'apprentissage, le soutient, l'aide à franchir certaines étapes décisives de la vie. "La chanson prend l'enfant au berceau". Berceuses, appels lents et doux au sommeil. Sauteuses pour tenir le petitou éveillé. Mariage et fiançailles constituent une part importante des chants coutumiers, aubades, sérénades. La chanson du bouvier, mélopée plaintive aux accents grégoriens vieux de septsiècles, était traditionnellement chantée à Saissac lorsque les mariages sortaient de l'église.Dans la vie quotidienne la musique rythme les travaux  et accompagne les moments de détente, les rassemblements familiaux et les veillées.Elle est le mode d'expression privilégié de la fête, fêtes cycliques et périodiques Noël, Carnaval, Mai, Rogations, fêtes agraires "Diou ba bol",  fêtes votives, fêtes religieuses. Elle est avant tout collective, chants, danses, charivaris, carnavals.L'acquisition des techniques instrumentales, vocales ou chorégraphiques est routinière ; uniquement fondée sur l'observation, sur l'imitation, mais surtout sur l'imprégnation de la culture traditionnelle.

 La famille Molinier originaire de Saint Denis s'installe à Carcassonne au milieu du 16eme siècle . Elle fournit une lignée de chefs de musique dirigeant des groupes qui se produisaient dans des fêtes publiques, familiales ou religieuses.

La cornemuse

La cornemuse sous sa forme actuelle outre et au moins 3 tuyaux, s'est fixée sous cette forme au début du 14eme siècle. La cornemuse est signalée à Toulouse en 1398. Le registre d'estimes fait apparaître le métier de cornemusier. L"enflabot" mentionné par Peyre d'Auvergne, qui composait ses poèmes à Puivert, au milieu des rires et des chants existait donc au 13eme siècle était-il une cornemuse ? Rien n'est moins sur. La salle des musiciens de Puivert (14eme) renferme une sculpture de cornemuse, mais sans bourdon.  A Villepinte vers 1600 un contrat lie deux ménétriers cornemuseux aveugles, un maître et son apprenti âgé de 20 ans.1615 Carcassonne.

La "Saqueboute" autre forme "sacquebute" cornemuse. Cet instrument de musique figure parmi ceux qu'une association de musiciens avait confié à un de ses membres qui en tenait le pupitre  Paul Cayla (p 63)

 La boudégo

 Le nom de boudégo dérive du patois gallo-roman  Boda : Gros ventre, nombril des hommes et des animaux, paquet rebondi, grosseur.On retrouve cette racine dans Bedaine, Boudin, Bedon, Bouder (se dit à cause de la moue qu'on fait en boudant) Bodega désigne une outre en peau de chèvre que l'on trouvait dans les tavernes où le vin était tiré de ces outres. Il désigne aujourd'hui un café ouvert lors des férias. 

La cornemuse de la Montagne Noire, est la plus grosse des cornemuses occitanes, et l'une des plus volumineuses de France et d'Europe.Sa poche est faite avec une peau de chèvre entière et peut atteindre une capacité de 100 litres.Au cou de l'animal est fixé le hautbois mélodique "Graïle"  tube de bois conique, percé de huit trous (7 dessus et 1 dessous) Il doit son nom (latin gracilis mince, maigre) à sa forme élancée et grêle . L'anche (encha, uncha, caramela) du hautbois mélodique est double.Sur la poche est placé un bourdon  ou boundo ( occitan bondir; retentir, bourdonner) très long (jusqu'à 1,20 mètre) fait de trois pièces coulissant les unes dans les autres, afin de trouver la note d'accompagnement voulue. L'anche du bourdon est simple, elle est nommée carabeno du nom du roseau dans lequel elle est faite ou caneta, ou paleta.Le porte vent ou buffet n'a d'autre fonction que de servir à l'insufflation de l'air dans l'outre, il est muni d'un clapet qui empêche l'air de ressortir . Trois tubes de bois "las bouissos" demeurent en permanence liés à l'outre fixant graïle, boundo et buffet.  L'outre , ouire (occitan ouira outre, bedaine, ouira gonflé comme une outre)  ou embaïsso (Occitan outre, sac à vin)  est confectionnée, à partir d'une peau de chèvre ou brebis. Soit on décapitait l'animal et on extrayait os et chair par l'orifice ainsi créé. Soit on ouvrait une patte de derrière et on vidait la bête par l'ouverture en retournant la peau, le  trou était obturé par une rondelle 'lé poustarel" (la planchette)

 

Confection de la boudégo

La boudégo  était confectionnée localement  "Pierre Bousquet se las fasia amb una pel de feda  que tirava per una pata. Amaï éra polida, ambé de franjas"  Le musicien était à l'affût de toute chèvre ou mouton malade ou vieille qu'il pouvait avoir à bon compte.Les tuyaux étaient taillés dans le buis, fort commun dans les métairies et tournés au tour à l'arc d'Oustric l'épicier qui l'avait installé à l'étage de sa maison (Il est actuellement au musée de Saissac)Les ménétriers avaient à coeur d'y apporter une note personnelle, petites peintures, bagues de couleur vive ou motifs sculptes au couteau.Las anches étaient patiemment et délicatement taillées dans des roseaux

Qui étaient les boudégaïres ?

La plupart de ceux connus dans la région sont des métayers. Une population  que la puissance de l'habitude, le bien être relatif et la sécurité de leur condition, toute modeste qu'elle soit, retient dans la Montagne, elle se plaît dans les métairies où elle est comme chez elle et en quelque sorte y est le maître. Sur 78 joueurs recensés dans le nord de l'Aude on trouve 63 petits propriétaires ou métayers, 8 valets, 2 bergers et 4 artisans plus un aveugle sans profession Tastosal de Villemagne . Dans le Tarn sur 162 joueurs 122 sont des métayers ou des petits propriétaires, 21 sont des valets, 2 bergers 16 artisans et un aveugle. Cette incitation à la fête, se retrouve dans le dicton « Aquel es un professor de bodega » désignant celui qui entraîne les autres à ribaudar et à s’agandonir c’est à dire les rendre débauchés et surtout paresseux.Les métayers ont souvent des réunions auxquelles sont conviées les parents et amis, ces repas copieux et bien arrosés sont suivis de danses au son de la boudègo. Pour le repas du "Dious ba bol" (Dieu le veut) qui a lieu après le dépiquage du seigle. Le propriétaire donne 10 francs aux métayers, qui traitent les "estivandiers" la jeunesse à l'appel du joueur de musette, il y en a toujours un de convoqué, se rend sur l'aire à dépiquer où elle  danse jusqu'à la nuit avancée  Parizet  "Economie de la Montagne Noire " 1882

 Les plus connus sont à Saissac Pierre Bousquet,  métayer aux Roques disparu en 1914, il avait appris à jouer très jeune dès 11 ans.Dans les années 1910 Ourliac joseph dit "Pebre ou Jean Pebre" et quelques années plus tôt Jean Puech employé du boulanger animaient les fêtes à Saissac et aux environs.Les frères Guiraud Sylvain dit sial, Joseph le pendré, Jean dit boudégo et Paul dit le grand, car le plus grand des sonneurs les autres jouaient moins.Tastosal Pierre Pujol de Villemagne qui presque aveugle circulait en agitant une canne devant ses yeux, vers la fin de sa vie il était aussi " setsanaire"pour quelques sous ou un peu de nourriture il récitait les 7 prières . De sa bouche s'échappaient de morceaux de "miséréré" ou des fragments de "de profondis" qu'il récitait en langue d'Oc.  P E Arribaud professeur, notaire et maire d'Arfons était musicien, suspect de tiédeur envers les nouvelles doctrines , il se justifie d'originale façon. Ayant appris qu'un banquet réunit à Carcassonne les autorités républicaines, il se porte déguisé en berger devant l'immeuble où a lieu le festin et joue la Marseillaise sur sa cornemuse, reconnu, il est aussitôt lavé de tout soupçon.Il compose la chanson "de la Faïence à Fonsaguet" . Chaque année à Noël les hommes entonnent à la grand messe son beau cantique "Pastrès de la Judeio" La "crabo" est jusqu'en 1914 l'instrument de musique d'Arfons, des concours de annuels avec prix y ont lieu. La chanson "Gran Dious, qu'en désastre / Es arribat/ A Fargo contient 33 couplets dont l'un faisait allusion à la cornemuse.

Moderne « Cabretaïre »

Bals

Pendant la belle saison il ne se passe point de dimanche qu'on ne festoie, s'amuse et danse .Fêtes locales, patronales ou votives, l'été les pare de toute la rayonnante splendeur de ses journées radieuses et les embellit de la sereine profondeur de ses nuits de velours, parsemées d'or. Bals en plein vent d'où s'échappent les éclats de rire à pleine bouche, les polkas, le hoquet des cruches qu'on débouche, les gros verres trinquant sur les tables. Et parmi les chocs des rires et des voix et du vent fugitif dans les ramilles vertes, le bourdonnement aigrelet des cornemuses enrubannées.Vers 1860 80 les jeunes se donnaient rendez vous pour aller danser dans une métairie ou dans une grange au son de la cornemuse. Carles était sonneur et avant lui Pouloi de Gaillardet.La cornemuse remplace quelquefois l'orchestre défaillant pour la fête.

1890 1940

 Les gens des campagnes vivaient au tournoyant rythme des saisons. L'été avaient lieu les fêtesde village, on y venait de loin, à pied le plussouvent par des chemins de pierre brûlante,  éclairés de lavandes ou des sentiers de granit brasillants de mica. On rencontrait, sur lechemin, des boudègaïres, portant la raide blousenoire luisant comme l'eau du ruisseau, lessabots, la "coffo burèlo" bonnet de laine tricoté de plusieurs couleurs, avec un pompon sur l'épaules'en allant à quelque fête, escorté d'une bande de jeunes chantant le long des chemins au son de la cabrette, parmi le grincement des cigales revenues. Les bals avaient lieu le matin après la messe etreprenaient l'après-midi jusqu'au soir.L'on dansait d'abord polka, mazurka, scottish et valse c'étaient les "contredanses" puis venait en apothéose finale le très attendu quadrille, le plus souvent bissé. Le musicien faisait alors la quête, un sou par jeune homme était demandé.

 

Le répertoire de la cornemuse

 La boudégo produit des notes aiguës. Les oreilles raffinées sont sans doute offensée par l'à-peu-près des ariettes pastorales, c'estqu'elles ne sont pas destinées à vibrer dans les salons mais à faire sautiller bouviers et bergères L'instrument donne de la vigueur aux  mollets et la musique militaire anglaise  au siège de Compiègne avait des cornemuses"menant grand bruit et tintin".La "cabrette" est d'un maniement délicat demandant plus de sensibilité dans l'exécution que de capacités en théories musicales. Pour garder sa souplesse la peau de chèvre doit reste humide, c'est pourquoi l'on voit de temps en temps, le musicien abreuver sou outre. 

Les danses

Selon la tradition locale on dansait autrefois. La "troumpuso" qui est encore connue ainsi que la "bastrengo"  "l'aubergnasso" sorte de bourrée à plusieurs figures.Le "ramelet  qui se dansait par couples faisant des rondes  deux à deux puis il y avait fusion de toutes ces rondes et finition en farandole.La "bergerèto" la "bourreyo" ou "bourril" voyait les danseurs se saluer, puis sautiller et à la fin les couples se tenaient par une main, les bras tendus.Le "rébiroulet" Un garçon avec deux cavalières tournait sur lui même (rebiroula)  pour leur faire changer de place. On chantait « Rebiroulet es un paure omé ; quand a dinat, n’a pas soupa Ah ! Plagnets lé . Rebiroulet.La danse la plus pratiquée était le rigaudon. Son air était vif et enjoué, sur les dernières paroles "Yeu te farei sauta en ayre" le cavalier devait enlever sa danseuse et tourner sur lui-même en la tenant en l'air.

Le temps des polkas.

Ensuite l'on ne danse pratiquement plus que les quadrilles et les danses populaires étrangères, introduites en France vers 1840 1860, polka, mazurka, la Varsovienne ou « Curarem l’esclop » scottish et surtout valse. Le bal s’achevait par le « Quadrilh »  qui se composait d’un pot pourri d’airs populaires. De conception musicale complexe ces danses  ne pouvaient être jouées qu'à la clarinette et aux cuivres ou à l'accordéon. Elles quittent l'atmosphère alcoolisée et enfumée des grands boulevards pour conquérir les places des villages. Au début la population rurale n'est pas unanime à approuver le "bal champêtre". Son prix le rendait inaccessible aux organisateurs les plus démunis ; son image moderniste et urbaine le détournait des communautés rurales.

Souvent dans les fêtes villageoises se tenaient deux bals. Un sur la place principale où l'on dansait les danses "modernes" au son de la clarinette et du piston, l'autre sur une autre place ou régnait la cornemuse et les danses anciennes. Ce dernier avait souvent beaucoup plus de succès, en raison de sa convivialité et du talent des musiciens. Souvent boute-en-train, ils savaient raconter des histoires en patois, chanter. Malicieux et l'esprit vif ils composaient des chansons sur les gens et les événement locaux, sur les élections et les petites histoires villageoises.

 Il faut attendre quelques décennies pour voir l'intégration de la musique des cuivres, qui apportait ses harmonies bon-enfant . La guerre de 1914 marqua, elle aussi une rupture profonde, de la tradition de musique populaire. La disparition de toute une génération de musiciens

(Pierre Bousquet le plus fameux boudègaïre de Saissac meurt à la guerre) freina considérablement le processus de transmission de ce patrimoine.

Le triomphe de l'accordéon

Entre les deux guerres seuls les ménétriers qui ont opté pour l'accordéon diatonique obtiennent un sursis. Paul Bastié de la Colle de 1925 à 1937, Louisou Bousquet de 1920 à 1947,  Lisou Campanel (Bastoul) de Saigne-Villemagne, Tastosal jouent à la demande de l'accordéon ou de la cornemuse. "Une fois par semaine on se retrouvait dans une campagne où Louisou des Roques ou Paul de la Colle nous faisaient danser au son de leur accordéon. "C'est là qu'on pouvait rencontrer des garçons. Quand une fille et un garçon se plaisaient, ce dernier se louait dans la métairie de la fille, pour la voir souvent, mais aussi pour montrer ses mérites et plaire aux parents."

Pendant la guerre des bals avaient lieu au moulin de San Pel, à Bataillé ou à l'ancienne mine de la Cabasse. L'accordéon diatonique reprit du service pendant la guerre de 39 45 Louisou Bousquet joue dans les campagnes de Saissac. Clément de Titou avec Léon Pech qui jouait du piston, se produisaient au "Cheval blanc" des Cammazes.  Bouisset Henri, Vacquières Arsène, Imbert de la Rivière, le sympathique Tourrou animaient les bals aux Cammazes, à Arfons, Villemagne, Sorèze de 1939 à 1948. La construction du barrage des Cammazes, redonna un peu de vie à la régionHenri de plan perdu avec René Dedieu font définitivement triompher l'accordéon  chromatique, la fin du diatonique avait sonné, seul resta Pierre Imbert.  A Cuxac Mendizabal dit "lé basca" et Latorre dit "Peli"  avec leurs "tira butas" entraînaient la jeunesse dans des valses et des polkas piquéesBonnafous du Villaret, Albert Guiraud ou Montagné étaient des accordéonistes réputés; tout comme Emile Vaissière ou Auguste Constans.

 Rivalités

1845 Il se forme parmi les jeunes de cette commune, deux parties qui se disposent à avoir chacun sa musique pour la fête locale. Il n'y aura pendant les trois jours de la fête locale les 28, 29 et 30 septembre qu'un bal public autorisé par nous les jeunes gens composant cette association. Nous serons seuls autorisés à faire le tour de ville avec la musique et danser dehors. Il est interdit à d'autres ménétriers de faire danser le public. Le 13 juillet1911 Le maire de Saissac, considérant que la rivalité qui se fait jour parmi les camps adverses, excités directement ou en sourdine par des meneurs, finirait par amener des rixes, disputes ou voies de fait entre la jeunesse des deux camps, décide d'interdire le tour de ville en musique .A Cuxac une partie de la jeunesse emprunte une charrue et défonce la piste de bal, soigneusement damée, par l'autre partie des jeunes.Au Villaret et à Brousses l'animosité entre les deux communautés,motivait l'organisation de deux bals séparés.A Lacombe il y a toujours eu une rivalité entre les jeunes du village et ceux des hameaux de Cals. Chaque année ils brisaient les lampions de leurs bals à coups de bâton.

 Aubades et sérénades

La nuit du 31 décembre au 1er janvier était toute sonnante de chants d'amour. Le garçon accompagné de musiciens chantait sous les fenêtres de sa mie des sérénades et vers minuit L'aubado del cap dé l'an"; elle se terminait par "Bonsoir et puis bonjour " . L'amoureux envoyant à sa belle le bonsoir pour le jour qui finit et le bonjour pour l'an qui commence.

Au mois de Mai, il était de tradition d'aller donner la sérénade aux jeunes filles. A la nuit tombée le cornemuseux accompagné de chanteurs se rendait sous les fenêtres des demoiselles choisies et leur roucoulait

         Eveillez vous belle endormie

         Eveillez vous si vous dormez

         Car mon tendre coeur désire vous parler.

La porte de la maison s'ouvrait aussitôt et les galants troubadours invités à entrer pour être "régalés".

Pierre Bousquet de Saissac, aimait sonner de la cornemuse, une fois la nuit venue. Il jouait des "aubades" sur la terrasse du chalet des Roques, propriété des familles Deloume et Rieunaud, qui venaient y passer les après-midi en juillet août . A l'automne les profonds vallons voisins étaient envahis, contournés, et la musique s'épanchait, s'échappait, se répandait vers les fermes de La Colle, Garric, Saigne-Villemagne, Pratmoulis, Embés.

Fêtes et foires Tour de table

Le jour des foires il y avait toujours un "boudégaïre" sur le foirail pour faire danser ou donner l'aubade. Le soir de la fête les musiciens passent dans les rues pour "faire la sérénadeA l'occasion de la fête, l'usage de l'aubade aux familles, devant la porte des maisons, avec l'offrande glissée sous la serviette s'est maintenue. Nous nous souvenons encore de la pomme où étaient plantées des pièces de 5, 10 et même 20 francs en argent et en or (Arfons)Le deuxième jour de la fête avait lieu le "torn de taula" Les musiciens faisaient le tour du village et le "cap de jovent" demandait à chaque maison quel air était désiré, après une exécution rapide, une offrande était glissée sous la serviette et permettait de payer les musiciens.Chaque famille avait son air préféré et l'Ave Maria, pouvait voisiner avec l'Internationale . (Cuxac)

 Veillées musicales

A la morte saison, les gros travaux sont finis, les nuits s'allongent et commence la pratique des "veillées" Soirées utilitaires ou l'on décortique le maïs, trie les haricots, mais surtout on y chantait et on y dansait, à la lueur fumeuse du calel ou du pétarel.  Quand il n'y avait pas de musicien, un membre de la maisonnée  se dévouait en chantant les paroles patoises, il frappe dans ses mains, se tapote les joues ou les lèvres, se bouche une narine, se bat le gosier, tremblote du menton. Une fois lancés les danseurs oublient la mélodie pour ne retenir que le rythme. Ce rythme qu'il entretiennent eux-mêmes, du claquement de leurs talons, du balancement de leurs bras, des cris aigus poussés à chaque virée, le chanteur peut s'endormir ils sont capables de gambiller sans lui de la sorte jusqu'à l'aube. On appelait cela « Dansa al soun de la garganto »

Les veillées avaient lieu dans métairies éloignées et il y avait un tour de rôle organisé. Pour s'y rendre la jeunesse s'assemblait en groupes qui faisaient le chemin en chantant d'ou ces chansons à couplets interminables qui avaient l'avantage de faire passer le temps et le chemin.

Les cornemuseux se joignaient aux jeunes et les anciens se souviennent du bel effet que produisait le son des "boudègues" dans la nuit, quand les gens entendaient, amplifié par le conduit de la grande cheminée, le bruissement sonore des "graïles" et le bourdonnement des "boundos"

Quand les enfants n'étaient pas encore couchés, on les faisait sortir pour voir passer le joyeux cortège. Les musiciens s'en revenaient chez eux, de nuit, en jouant par des chemins de traverse et on devinait leur nom en raison de leur sonorité et de leur doigté 

Fêtes religieuses

A Noël au cours de la messe de minuit, valets, métayers et bergers venaient à l'offrande, au son des "boudègues". On promenait dans l'église un agneau enrubanné, accompagné d'un pâtre et d'une jeune fille. Idem à Arfons.

Des Noëls, étaient chantés en langue d'Oc .

       Ros solelhou, daura nostra montanhas

       Ah,  fon las neu que curbis nostris prats

       Tot deu brilhar dins nostras campanhas

       Deu celebrar ses celèstas beutats (bis)

  

Certains villages avaient de véritables pastorales, aux couplets alternés, voix de femme en français, évoquant l'ange annonçant la nativité aux bergers. Chantres en languedocien répondant avec une réserve prudente et un certain scepticisme.Jusque vers 1910 on jouait de la cornemuse dans les églises du Haut-Cabardès.

Mariages

Lors des mariages, le cortège se formait sous les ordres du garçon d'honneurEn tête les "boudégaïres" , à la cornemuse toute enrubannée jouaient des airs gais et entraînants.

           Abal le long de l'aiga

            I a un prat à dalhar.

Après le repas, parmi les éclats de rire, voila les danses qui commencent, au son de la cabrette. En avant et en arrière de la bourrée, tournoiement de la ronde, rigodon vif et enlevé, figures ordonnées du quadrilles ou danses modernes, polka, mazurka, valse.

 Les Réveillers 

La tradition des réveillers a disparu dans la région, plus de veilleurs de nuit parcourant les rues en annonçant les heures et le temps. Plus de "séréno" comme en Espagne ou de veilleur comme à Turkheim. Pourtant la tradition des tournées de réveillers à la fin du carême s'est maintenue pendant longtemps. Les jeunes du village et des fermes faisaient le soir, le tour des maisons, traçant des croix sur les portes; et sitôt après ils entonnaient leur mélopée, elle avait pour titre ;

"La complainte de Saint Antoine, dit le réveilleur" . Elle rappelle que " Les honneurs, les richesses Qu'on cherche avec transport /Les plaisirs les caresses / Tout finit à la mort. 15 couplets de 8 vers, se chantaient, accompagnés par le son aigrelet d'un boudègue. A l'intérieur de la maison on entendait quelqu'un sortir du lit, chercher ses sabots à tâtons; une porte grince, pendant que le chant continue. " Bientôt l'heure dernière / Pour quelqu'un sonnera / Bientôt dans une bière / Quelqu'un nous portera". La porte s'entrouvre, une main passe lâchant un ou deux oeufs, qui sont déposés avec précaution dans un panier rembourré de foin.

La tournée continue personne n'ose refuser son offrande. Certains font bien les sourds, alors le choeur et la boudègue augmentent de volume, chacun tape du pied. On crie "Le ciel est ta patrie / Tourne vers luy ton coeur / Ce n'est qu'en l'autre vie / Qu'on trouve un vrai bonheur" Les gens de la maison retrouvent alors l'ouïe et offrent un oeuf, le plus petit qu'ils aient trouvé.

Pour faire la grande tournée des métairies, il fallait plusieurs soirées, et l'on avait le temps de chanter plusieurs fois les 15 strophes, les fermiers étaient plus généreux et heureux de ce réveiller en musique, ils recevaient la troupe dans leur maison.

La course à l'âne

La course à l'âne consistait en une exhibition à travers les rues du village du malheureux qui s'était laissé battre par sa femme ou plus tard du dernier marié de l'année. L'infortuné juché à califourchon sur un âne, mais tête à croupe, tenant la queue de l'animal dans ses mains en guise de bride, était accompagné de boudègaïres et de chanteurs célébrant, sur une mode ironique et bouffon les hauts faits vexatoires qui motivaient sa punition.

La quête des oeufs

C'était autrefois les jeunes gens, porteurs de corbeilles enrubannées, qui visitaient les métairies et le village. Une cornemuse les accompagnait, rythmant leur marche. Ils recueillaient les fameux oeufs de pâques, surtout ceux pondus le vendre di saint, qui préservent des fièvres.Plus tard ceints d'un écharpe rouge, marquant leur qualité, ce sont les enfants de choeur qui faisaient le tour du village, le jeudi et des campagnes les deux jours suivants. Les oeufs étaient ramenés au presbytère, ou la servante du curé préparait le dimanche suivant, "l'émoleta" partagée avec le curé, le sacristain et les marguillères."Quand nos donavan d'uous coassons, aquo aribava, avian lèu fait dé les esclafar sus las finestras"

Le charivari

Le charivari cérémonie burlesque se donnait le soir de 9 heures à minuit.Les sonneries discordantes d'un orchestre tintamarresque retentissaient devant la demeure des époux qu'il s'agissait de bafouer, sonneries entrecoupées du cri "charivari" . Casseroles, poêles, seaux étaient violemment frappés et entrechoqués, s'ajoutaient les grincements des crécelles, les notes aiguës des cors de chasse, les chansons satiriques et les chants parodiques en dialecte local.

 Boeuf gras

Le boeuf gras était promené dans les rues de Saissac au son des cornemuses. Le boucher tenait à démontrer à sa clientèle, l'excellence de ses produits . Ce bœuf était « floucat »  fleuri ou orné, paré de rubans et de fleurs, c’était en général le plus beau bœuf que le boucher tuait dans ‘année. 

 Carnaval  

La période de Carnaval permet toute une série de divertissements, au long de ses semaines, sérénades, aubades et réveillés sont plus que jamais amoureusement sonnés. Résonnent alors d'un bout à l'autre des campagnes ces instruments anciens, dont le plus utilisé en Montagne Noire est la boudègo. Elle accompagne le misérable "Carnabal" dans sa longue promenade son jugement et son exécution "Adiu paure Carnabal

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