Montagne Noire Scorbiac co inventeur du canal du Midi

scorbiac un inventeur du canal du Midi

THOMAS DE SCORBIAC

 Thomas de Scorbiac (1614 1690) Né à Montauban, où se trouve l’hôtel de Scorbiac docteur es loi à quinze ans devant l’académie de Cahors, doyen des conseillers de la religion en la cour du Parlement de Toulouse et Chambre de l’Edit du Languedoc siégeant à Castres. Thomas y succéda à son père et à son grand père.Les travaux de Michel Adgé et la recherche dans les archives familiales de la famille Scorbiac, ont permis de reconstituer son histoire, qui nous intéresse car il fut saissagais en tant que propriétaire du domaine du Fajal.

Un double projet de canal avec Riquet

L’événement le plus marquant du XVIe siècle fut incontestablement la construction du Canal du Midi. Beaucoup de projets ont été faits puis abandonnés devant l’impossibilité apparente de franchir les hauteurs de Naurouze. Un propriétaire saissagais Thomas de Scorbiac essaya de résoudre ce problème

Après que Thomas eut effectué une remarquable navigation expérimentale du Tarn, de l’Agout et du Sor le 22 juillet 1662 en compagnie d’officiers de la navigation, il envoya un mémoire « La jonction des deux mers Océane et Méditerranée » sur un projet de réalisation d’une voie d’eau interocéanique au conseiller d’Etat Phélypeaux de la Vrillière et au chevalier de Clerville en septembre 1662 soit deux mois avant celui que Riquet adressa directement et plus efficacement à Colbert lui-même. Le père et le grand père de Thomas avaient déjà fait des propositions semblables à Henri IV en 1602 et à Richelieu en 1632. Son idée était de relier les  rivières Aude et Garonne par un canal reliant le Fresquel et le Sor et alimenté depuis le seuil de Graissens. Projet similaire au projet de Riquet en 1662.  En accord avec le pouvoir central Thomas se lança dans la construction d’écluses sur l’Agout. Cinq écluses durent construites de St Sulpice à St Jean de Rivière. Les  diocèses d’Albi, Lavaur et Castres lancèrent un emprunt où Thomas se fit inscrire pour 8000 Livres. En tout 23 écluses furent construites entre Castres et St Sulpice Les travaux  furent abandonnées en 1684 et les écluses ont toutes disparues. Mais dès 1668 Thomas arrête sa participation.

Il était contemporain de Riquet et entretint des rapports étroits avec lui dans les années 1662 à 1665 au point de croire à une association dans un projet de navigation entre les « deux mers » par cours d’eau naturels (Fresquel Aude, Agout, Tarn) et par une alimentation par le Sor, situant le partage des eaux au seuil de Graissens  au sud de Saint Félix Lauragais. Ce seuil met en communication des bassins du Fresquel avec celui de l’Agout et qui permet par là de relier l’Aude à la Garonne via le Tarn. Ce point privilégiait la région de Castres. Thomas s’occupant du réseau Agout, Tarn et Riquet du réseau Fresquel Aude. Chacun de son coté présenta un mémoire sur les possibilités de navigation

Le projet de Scorbiac était basé sur la théorie des « bassins versants » émise par Hondius au XVIe siècle et reprise au XVIIIe par les Buache géographes du roi qui faisaient autorité à cette période,  Scorbiac devait posséder leurs livres dans sa grande bibliothèque. Nul n’aurait osé les contredire et selon eux le seuil de Naurouze était  un obstacle infranchissable par un canal. Ils complétaient cette théorie par celle des « captures » S’il y a un seuil à Naurouze c’est que l’Aude se dirigeait autrefois vers l’Ouest. Depuis une « capture » a dérangé ce dispositif. Le seuil de Naurouze est donc une vallée morte de l’Aude ! Dans ce cas il faudrait reporter la jonction des Cévennes et de l’Aude à Carcassonne ! Ce qu’on oublie de dire c’est comment à travers ce barrage la « capture »  s’effectua. (Henri Enjalbert )

 L' autre projet de Riquet

RIQUET Homme de terrain ne s’embarrassait  pas de théories, il avait constaté que les deux seuils existaient, que très probablement on pouvait faire passer le canal par le premier et amener l’eau de la Montagne Noire au  canal par le second. Pour faire la preuve de cette double possibilité, un seul moyen le « niveau » Riquet fit donc passer le niveau et l’évidence étant acquise, il fit construire la rigole d’essai. Il trouva fortuitement dit-on le moyen de résoudre autrement ce problème. Alors qu’il se promenait près des « pierre de Naurouze » et de la fontaine dite de Graves il remarqua que les eaux de cette source se séparaient une partie coulant vers l’Est l’autre vers l’Ouest. La solution du problème était donc d’amener en ce point l’eau nécessaire pour alimenter un canal sur les deux versants.

 Construction de la rigole d’essai

Durant l’été 1665 Riquet  fit creuser « de longues fosses de circonvolution » destinées à recueillir les eaux nécessaires à la Rigole de la Montagne. Ce qui amena Thomas à adresser  de vives récriminations contre Riquet  auprès de Colbert Le tracé de la Rigole d’essai utilise le lit du Rieutord à la source orientale duquel Riquet a conduit les eaux de l’Alzeau, de la Vernassonne, du Lampillon et du Lampy. La source du Rieutord est au cœur du Fajal en un lieu où le relief est incertain et ou Riquet a du commencer le chantier en remontant vers l’Alzeau, en compagnie de Campmas fontainier de Revel il fait une série de nivellements (niveau à bulles avec viseur)  pour ne pas manquer la passe. Passer par le Fajal et Conquet est un  coup de force de Riquet qui retrouve un projet de 1663 et méprise le tracé arrêté par les commissaires de 1664 arguant du fameux «  songe de Saint Germain » Auprès de Colbert. Scorbiac se plaint des « longues fosses »  que Riquet a fait tracer sur son domaine, « qui mettront ses prairies à sec » Mais aussi la défaillance de Riquet dans l’aménagement de l’Aude et du Fresquel. Grâce à sa remarquable démonstration d’alimentation, rigole d’essai construite par 294 ouvriers en 102 jours, durant l’été 1665. Elle mesurait 50 000 m dont 10 000 d’Alzeau au Rieutord). Riquet va l’emporter sur Scorbiac  Les lettres de Colbert à Riquet, les Mémoires du Roi disent bien l’enthousiasme que la démonstration de Riquet souleva à la Cour

 RIQUET ET SCORBIAC

Il est un point sur lequel Riquet et Scorbiac avaient tous deux vu juste, c’est l’utilisation des eaux des ruisseaux de la Montagne Noire. C’est sans doute pour cette raison que Scorbiac avait acquis le Fajal et le Conquet.

 Thomas en 1666 se senti trahi par Riquet qui faisait creuser des rigoles, non plus pour relier ou grossir des rivières mais pour amener ces eaux à Naurouze. Thomas pensait que cela n’aurait pu se réaliser. Il se mit à critiquer Riquet qui s’en plaignit à Colbert. Riquet prétendit avoir refusé de d’associer  Thomas à ses affaires. Il semble que Thomas n’était pas demandeur dans un  projet pour lui irréalisable et en outre défavorable à sa région. Thomas et Riquet avaient des caractères différents. Scorbiac était un protestant soucieux avant tout de bien servir le bien public et tout particulièrement celui de sa région Montauban et Castres. Sa position et celle de sa famille le dispensaient d’une ambition personnelle. Riquet était ambitieux  il disait qu’il oeuvrait « Pour que cela lui apporte de l’honneur et quelque peu de bien »Scorbiac  met en doute l’honnêteté  de Riquet et sa compétence et propose à nouveau ses services. Avec l’intendant Tubeuf,  Scorbiac écrit à Colbert dénigrant Riquet «  Il est accusé de faire semblant de travailler au canal (sic) Tandis qu’il détourne à son profit l’argent du Roi »

  Scorbiac et le Fajal

Le comte de Clermont Louis II cède le Fajal, le Conquet, Picou à Balthazar de Cambon conseiller au parlement de Toulouse pour 20000 livres en septembre 1650 devant Bessières  notaire à Toulouse. Cambon cède ce domaine à son parent Charles de Malrous en 1656 ce dernier le cède à Daniel de Rachin Daniel de Rachin était subrogé de Thomas Scorbiac en 1669 et confirmant un acte antérieur ce qui a permis à Thomas de se prévaloir de cette propriété dans sa lettre à Colbert de 1665.Le vendeur étant le Marquis de Saissac comte de Clermont Louis II. Ce Louis est en conflit avec ses vassaux et il subit une émeute à Clermont, où il est obligé de se réfugier dans le couvent des Recollets. En 1668 Il assiste aux états du Languedoc à Carcassonne. Il donne un coup de bâton sur la tête d’un consul et il condamné à avoir ses biens confisqués ! Un appel lui permis de continuer à jouir de ses droits.

 Le Fajal était-il un alleu (terre affranchie de toute redevance) ou un fief (Terre concédée à un vassal tenu de rendre à son seigneur foi et hommage)

Un hommage rendu par un Scorbiac en 1723 pour la possession du bien noble du Fajal a disparu. Thomas de Scorbiac fait l’acquisition du Fajal, de Picou et du Conquet, c'est-à-dire des terres où l’on peut créer un réservoir sur le Sor et ainsi réguler sa capacité d’alimenter un canal de jonction Sor Fresquel , dont le point de partage est Graissens Cette intention est tout à fait probable car de l’autre coté du vallon du Sor se trouvent les forêts royales de Sagnebaude et de Sarmetge ! C’est le « songe du Fajal » de Scorbiac, pour qui le Fajal est l’aleph du Canal des deux mers ! Une maîtrise de l’eau du canal que le seigneur du Fajal partage avec le roi. 

 Thomas Scorbiac était le fils de Samuel de Scorbiac et de Matie Anne de Thomas

Il était baron de Montclus et du Bousquet

Il épousa Catherine de Ricière et ils eurent 12 enfants !

Après ces démêlés avec Riquet  il va se retirer ans sa « Belle maison »  qu’il avait bâtie à Castres, pour y loger une grande bibliothèque.

Mais le Roi a besoin de lui et le nomme à Castelnaudary

En 1679 la Chambre de Castres est supprimée et Thomas entre au parlement de Toulouse.

1687 Révocation de l’Edit de Nantes il retourne à Castres un de ses fils entre dans l’armée Hollandaise, deux autres sont au Danemark. Ils abjureront plus tard pour entrer dans l’armée du Roi.

Louis XIV en personne fait pression sur Thomas pour le faire changer de religion. Le vieux magistrat après une retraite conventuelle « Constatant qu’il ne trouvait plus un   huguenot  dans Montpellier  ou Nîmes » il se rend à Versailles.Devant le Roi Soleil il prononce une superbe harangue qui justifie son abjuration «  Quand j’ai considéré ce changement si prompt, si imprévu de tant de milliers de huguenots. J’ai conclu qu’il fallait absolument que ce fut un coup de la Providence et de la puissance divine et je me suis déterminé à me venir donner à sa Majesté et à me jeter à ses pieds. Me voici donc Sire tout prêt à rentrer dans l’église dont le malheur de ma naissance m’avait éloigné »  Bossuet vaqua avec zèle à l’éducation religieuse de néophyte chenu.

Louis XIV lui accorda tout de même une pension de 3000 livres. Sa femme refusant de se convertir il divisa sa pension en deux moitié pour sa femme si elle devenait catholique, ce qu’elle fit.

Thomas va décéder à Montpellier en 1690 chez une de ses filles Madame de Sartre.

 

 

 

LE FAJAL

Le Fajal est un domaine forestier et d’élevage de 320 hectares, situé à 700m d’altitude, sur la commune de Saissac. On y a trouvé (J Vézian ) une pointe de silex, une hache en pierre  polie et un boulet de granit. La strata antiqua chemin remontant au moins à l’époque romaine passait par le col du Fajal pour rejoindre Bernicaut. On trouve au bord du chemin un ensemble de rocs de granit formant une enceinte qui a servi à un moment à isoler les troupeaux lors d’épizooties

 

Epidémies bovines dans le Tarn en 1774 1776 En 1778 huit soldats sont placés au Fajal pour éviter la contamination par les troupeaux affectés du Tarn

 Une belle croix en granit, sur un socle galbée est érigée en 1816 à la croisée des anciens chemins effacés par la route départementale. Brisée par une branche de hêtre en 1975 et réparée.  En 1850 un loup dévore des moutons au Fajal. Au Fajal et plus précisément aux Pradels fut abattu le dernier loup attesté dans la région.

 1255 Guillaume Arnaud Morlane évêque consulte Raymond Dupuis qui exerçait l’activité de devin. L’évêque malade en son château de la Loubatière en Cabardès serait venu le consulter sur l’issue de sa maladie, en un endroit appelé « Al fau dal portel » situé entre Saissac et Sorèze ( il s’agit probablement du col et de la métairie du Fajal) après l’avoir fait prévenir par un messager. C’est peut être la première mention de ce nom. En 1327 un traité entre les habitant d’Orfons et le commandeur militaire d’Orfons autorise les habitants à faire paître leurs troupeaux « in nemore et montanea del falgal » Ce nom de fajal est dérivé de Fagus Fagea hêtre, hêtraie. Le hêtre est l’arbre qui se plait à cette altitude et y est dominant.  

 1791 On crée un « Atelier de charité « au Fajal

Métayers du Fajal 1787 Jacques Saury. Louis Jalbaud 1810. G Coux 1822. P Fabre 1825. A Coux 1860. J Benazet garde gérant de 1806 à 1819.

Délibération de la communauté de Carcassonne 17 janvier 1758. Le sieur de Lustrac d’Escorbiac précédent propriétaire de ce domaine (Le Fajal) voulut y construire une forge, mais que ladite communauté s’y opposa, par la raison que le renchérissement du bois qi en serait la suite, nuirait aux manufactures : que d’ailleurs le fer provenant des forges établies dans le diocèse d Mirepoix et dans le Comté de Foix était suffisant non seulement pour le pays, mais encore pour l’étranger. (Viguerie ut supra)

La famille Scorbiac fait construire un moulin sur le Sor dont les ruines existent toujours et un moulin à vent (il n’y en aura que deux à Saissac) ces deux moulins sont présents sur un plan de 1742.

Vers 1869 la compagnie du Canal du Midi plante au Lampy Vieux des cyprès de Lawson et un séquoia wellingtonia.

Quatre hectares furent vendus à Félix Nombel qui y construisit le chemin neuf de Buisson. On créa alors la route d’accès au Lampy Neuf

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